les portraits esf : Thierry Brun

Portrait en deux questions

Thierry Brun

Comment es tu devenu moniteur ?

Je ne vois pas vraiment ce que j'aurais pu faire d'autre!  Moniteur, je suis né dedans, avec mes frères. Je suis de  Villard Notre Dame, et si tu ne fais pas le moniteur quand t'as une carte postale en face de toi chaque jour depuis que tu es môme, c'est que tu es aveugle. Rien qu'au Villard, on aurait pu faire une école de ski : mon père, mes oncles, mes cousins, mes frères,  mes zigues. Ma mère était institutrice, elle enseignait ici et mon père moniteur, alors on habitait un coup ici, un coup au Villard. Ici c'était tout petit, on dormait tête bèche dans un seul lit avec mes frères, mais on s'en fichait du moment qu'on allait skier. A l'Alpe, y'avait rien, pas le quartier de l'Eclose, pas le quartier des Bergers et la piste d'atterrissage pour les aventuriers de l'aviation, comme Giraud, c'était le Rif Nel ! Y'avait rien je te dis ! Sauf des grenouilles, y'en avait des millions sur le plat des Bergers, c'était une immense tourbière. La première fois que je suis allée au sommet du Signal de l'Homme, c'était en avion.  Giraud, le fameux aviateur, il nous déposait là haut avec son zing, et nous on skiait ! Y a eu la compétition, on courait avec mes frères, Philipe  a fait deux fois champion de France de descente et Yves et moi on se défendait pas mal. Moi ma meilleur place c'est 6 eme à la mini Kandahar à Cortina. Moniteur, on a vraiment commencé avec l'école montagne à Bourg, on était toute une bande de jeunes  qui ne savaient  pas quoi faire de leurs peaux, on a fait plein de trucs, cette école c'était vraiment génial. Un beau jour, je me retrouve à l'école de ski  pour travailler et le directeur technique, William Roche, il me chope et me dit "- file au stade, on a besoin de toi". J'y suis resté 19 ans : 6 courses par jour, des heures à tracer, à chronométrer, à organiser. On a organisé des challenges des moniteurs incroyables, on tirait 4 kms de ligne pour installer un stade en altitude, on ne demandait rien à personne, on montait même sur les pylônes pour tirer nos lignes et ca marchait ! L'autre truc où je suis né dedans, c'est les cristaux. On a tous passé le diplôme d'artificier à 17 ans, et on est tous cristalliers de père en fils. Parfois si on trouvait une poche à cristaux, on couchait sur place pendant une semaine. Les cristaux c'est l'âme de la montagne.  Alors, comment je suis devenu moniteur ? Je suis né moniteur !

 

Quelle est ton meilleur souvenir ?

Les Challenges des moniteurs bien sur !  Un challenge c'est juste phénoménal, on faisait 4 virages de slalom et la foire pendant une semaine. Remarque,  on n'était pas mauvais en slalom ! Et en foire non plus d'ailleurs ! Une fois, j'y suis allé en Rolls Royce, elle était vert sapin et on a passé la semaine en Rolls, mais quelle foire ! On connaissait un compositeur de musique, un gars du Show biz, Sylvain Garcia. Attends, il a écrit des tubes de folie pour C.Jerome, Dalida, on a passé une semaine d'anthologie ! Lui, ce qu'il aimait c'était l'authenticité des gens d'ici, nous ce qu'on aimait c'était faire une bonne foire, alors on s'entendait bien tu penses!

Mon autre souvenir c'est l'ambiance d'antan, quand le père Fontana, le directeur de l'école de ski avant jean Yves, il nous donnait notre enveloppe en fin de semaine. Il nous la donnait au bar de l'Eclose, il y avait que du rouge là bas dedans, tous au Ricard.! On n'avait pas commencé la semaine suivante, qu'il n'y avait plus rien dans l'enveloppe ! De toute façon, les saisons, on les finissait plus pauvres que quand on la commençait !

0.04528