les portraits esf : Sylvie Jacob

 

Comment es tu devenu monitrice ?

 

je suis une pure produit de La Grave, née, grandit, élevée au pays gravelot. Je dois être la cinquième génération des Jacob à vivre ici.  J'ai a14ppris à skier au Chazelet, en faisant que des bêtises : les parents nous déposaient le matin à la station où il y avait trois téléskis et venaient nous chercher le soir. Pas de surveillance, de la liberté à 100 % de 5 à 10 ans. Tu te rends compte ? C'est juste impensable maintenant, on était là bas toutes les vacances, tous les mercredis et les week end, on skiait, sautait, faisions les cons. Une vraie vie de gosses des montagnes.

Le téléphérique a ouvert à la fin des années 70 et tout a changé : nouveau terrain de jeu, une face nord de fous, rien que pour nous. On tournait bien plus autour des mélèzes que des piquets, on était une bande gosses, puis d'ados, on se connaissait tous et Zaï en haut, en bas, on sautait des bosses, des corniches. Heureusement pour nous on a fini par aller au club pour structurer un peu cette indécente liberté sur la neige. Mais je ne souhaitais pas faire monitrice, je voulais être éducatrice spécialisée, et puis monitrice ce n'était pas un métier à La Grave. On était agriculteur, maçon ou charpentier, moniteur et encore pire monitrice n'était pas considéré comme un vrai métier. Ma mère était institutrice, vous imaginez ? Après mon bac, j'ai du attendre une année pour entrer en école d'éducateur, j'étais animatrice pour un centre de vacance en Haute Savoie, et je tombe sur une copine qui me dit " tiens, je passe le test technique pour entrer en formation monitrice, tu ne veux pas y aller avec moi ? " je ne voulais toujours pas faire monitrice, mais j'y suis allée pour lui faire plaisir et regarde.. Je suis toujours là, en rouge ! Ensuite j'enchainais des saisons de ski, je glissais dans les Vallons de la Meije tout l'hiver et venait  à l'Alpe pour enseignait pendant els vacances. Ma mère devenait dingue !  Je suis entrée  en équipe de France  de télémark, j'y suis restée pendant 4 ans, en même temps j'ai passé le diplôme de pisteur, et le Brevet d'Etat d'escalade. Une vie dans mes montagnes, à enchainer des hivers et des étés, ma mère avait fini par accepter ma vie de skieuse/grimpeuse, elle en avait pris son parti ! Puis, par hasard on m'a proposé de garder le refuge de l'Aigle un été, et ca fait 20 ans que je suis gardienne de refuge : l'Aigle, Adèle Planchard, et aujourd'hui  Chamoissière , un chalet-refuge que nous avons entièrement construit avec Seb, mon compagnon.  Etre en montagne, tout l'été, regarder la nature changer, observer autour de soi, apprécier cet isolement d'altitude, à l'opposé de la vie électrique en station de ski , être hors du flux .

 

 

Quelle est ton meilleur souvenir ?

 

J'ai tellement aimé mes années télémark ! On voyageait, on skiait, un titre de championne de France et une coupe du monde  en Norvège. Puis j'ai fait découvrir l'esprit talon libre à beaucoup de moniteurs. Le bonheur.

Un autre souvenir affleure maintenant que j'y pense : il y a quelques hivers, la dernière descente aux flambeaux de l'hiver se faisait du côté des Bergers depuis le sommet des Marmottes. On attend une bonne heure, il se met à neiger, ca dure un peu et au moment de partir : 15 cms de fraiche ! On commence la descente à la queue leu leu , le directeur devant, le directeur technique derrière. Mais au bout de deux virages, c'était tellement bon à skier qu'on se permet un ou deux virages sur le côté, puis au bout d'une minute,  plus personne n'était dans la trace nous faisions tous des joyeux virages à gauche, à droite, on a explosé la descente, il y avait des flambeaux dans tous les sens,  le directeur était furax  et les spectateurs hilares.

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