Montagnes Magazine : Norvege, Narvik Spirit !

Narvik Spirit

 

Une ville au nord du cercle polaire arctique, une ville qui sonne bataille navale et grand moment de l'histoire.

Un bel eldorado du ski encore méconnu, à l'ombre des Lyngen et des Lofoten. Narvik c'est un peu comme si vous faisiez la première partie de Madonna et Beyoncé : doué mais à l'ombre des stars..

et pourtant..

 

Et pourtant...une vieille ville industrielle qui se transforme petit à petit en ville touristique, une ville chargée d'histoire qui se tourne vers ses montagnes. -" Nous sommes 15 000 personnes à vivre ici, et pourtant le week end , la ville est vide " nous explique Mickael, le créateur du topo guide "Toppturer Rundt Narvik" ( ski de rando autour de Narvik, disponible seulement en norvégien ) "Nous n'avons pas de culture de restaurant, de pub, ca commence à peine. Mais ici tout le monde est dehors pour "survivre", on en a besoin, sinon on déprime pendant ou après les nuits sans fin. Barbecue en famille, pêche, beaucoup beaucoup de ski de rando ces dernières années, du ski de piste bien sur. Ici la nature fait partie de la ville, si vous aimez la Nature, vous aimez la Norvège. Pour vous dire, on peut même faire des colliers avec des crottes d'élan. C'est vous dire si on aime la Nature !!"

Un fjord, un port, un peu de pêche, des installations industrielles un peu partout et des montagnes qui dévalent partout dans l'eau turquoise et glacée. La beauté des lieux vous empêche parfois de respirer, comme un choc esthétique, ca vous fait hésiter un moment avant d'entreprendre une autre pensée. Cela vous fait hésiter avant de mettre une peau devant l'autre trop vite. Ralentir, se retourner, se détourner.

Pour nous présenter son livre et faire un tour de ski ensemble, Mickael nous donne rendez vous au café des remontées mécaniques de la station de Narvikfjellet. Il est 17.00 et on voit arriver des enfants, cartables sur le dos et snowboard sous le bras. Ils déposent le matériel d'école dans une salle et filent pour une session "after school" ...Car ici la station de la ville ouvre ses portes dès 17.00 en semaine pour glisser jusqu' à 20.00. C'est d'ailleurs ce que nous allons faire en compagnie de Mickael, le pur local de l'étape. Né ici, grandi ici, sa maison borde les pistes de la station. "Venez je vais vous montrer mon "yoyo tour" depuis le sommet de la station." Il est déjà 19.00, la nuit ne montre pas vraiment le bout de son nez avant minuit, nous embarquons dans le téléphérique et le paysage s'étale sous nos yeux : "le ski ici c'est "over the town, over the fjord" ( au dessus de la ville, au dessus du fjord) et même lorsqu'il fait nuit toute la journée au début de l'hiver on peut venir skier. Le dicton local est " il n'y a jamais de mauvaise météo, il y a seulement de mauvais équipement". Mickael remonte une belle arête jusqu'au sommet du Trepjetoppen et ses 1254m au dessus du Fjord et de la ville. Tout est beau, la lumière pâlit légèrement et donne à tout ce qui nous entoure une lueur dorée. Son "yoyo tour" est un enchainement de descentes et de montées au pas de charge (local de l'étape oblige), nous atteignons le lac Forsnesvatnet, quelques rennes trainent paisiblement, la lumière faiblit et les eaux du fjord prennent des teintes de plus en plus dorées. Une dernière remontée, et nous dévalons jusqu'à la station. Mickael rentre à pied chez lui comme si c'était normal de skier jusqu'à 23.30 après le boulot, en nous laissant un peu pantois devant cette " way of life" norvégienne.

Au matin, nous embarquons pour le sud, au fond du Fjord Trongskjomen pour un sommet aussi imprononçable que le reste culminant à 1443 m. Juste avant de rentrer dans le hameau, nous nous garons sur le côté pour contempler un couloir très esthétique, encadré de belles parois sombres qui tombe littéralement dans le fjord. Pas assez de neige pour nous, mais de quoi nous faire rêver pendant quelques décennies...Le Meraftesjellet se laisse atteindre après quelques circonvolutions, et comme toujours les sommets laissent apercevoir des milliers de possibilités skiables, des immensités sauvages qui donnent à l'esprit une grandeur d'âme.

Chaque matin, nous embarquons pour un nouveau sommet, chaque matin le plaisir de la découverte de ce petit morceau de Norvège est renouvelée, chaque matin il nous faut s'arrêter sur un bord de route pour tout simplement regarder autour de nous. Une vie dehors, une vie soumis aux éléments. Le vent, le froid, la neige... Quand le vent se met de la partie, il est arctique et il nous empêche d'atteindre un sommet de façon magistrale. Nous nous blottissons derrière un escarpement rocheux pour avaler des "Wasa" recouverts de "tubes" ( ces tubes de pates  goût bacon, crevette ou fromage que l'on trouve partout dans les pays Scandinaves) en regardant onduler le Fjord. Au retour, nous nous arrêtons visiter l'indispensable musée de Narvik sur la place centrale de la ville. Car la bataille de Narvik en avril 40 est centrale dans la vie locale, indissociable. Et elle représente surtout la première victoire des alliés contre l'Allemagne nazie. Les allemands avaient envahi ce bout de terre gelée pour contrôler le minerai de fer en provenance de Kiruna, Suède,  et transporté jusqu'ici par train. Le port de Narvik offre un accès direct à la mer, le seul port de la Baltique praticable. Envahir Narvik pour contrôler le fer a donné lieu a deux grandes batailles : 86 avions crashés, 64 bateaux coulés, 8500 soldats tués.

Voilà Narvik, un lieu d'histoire, un lieu de Nature royale, un bout de terre garni de fjords et de montagnes où les gens parfois y viennent et y restent, transportés par l'âme des lieux. Et quand on peut partir skis au pied d'une ville, on se demande nous aussi si nous ne sommes pas en train de tomber sous le charme de Narvik.

 

 

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